Qu’est-ce qu’une spécialisation ?

Se spécialiser, c’est devenir un expert dans une discipline. Quoi qu’on en pense, les traducteurs ne sont pas des êtres omniscients et nous avons tout à gagner à ne pas trop nous éparpiller, à nous concentrer sur un nombre limité de domaines. Ce faisant, nous nous donnons les moyens d’accumuler de l’expérience et des connaissances, de devenir « meilleurs » dans notre art et, in fine, d’avoir une plus grande valeur sur le marché.

Quel est l’intérêt de se spécialiser ?

Se démarquer de la concurrence en ayant quelque chose de « spécial » à offrir. Il ne faut pas forcément se positionner sur un marché de niche ultra pointu, surtout au début, mais l’idée est de s’orienter vers l’une des grandes « familles » de spécialisation. J’en vois cinq : scientifique (médical, pharmaceutique, etc.), juridique/institutionnel (UE, grandes organisations, institutions politiques, ONG, etc.), économique, technique (industries, informatique, etc.) et le rédactionnel (presse, édition, transcréation). Au risque de caricaturer un peu les choses, l’idée est la suivante : plus vous traduisez dans un domaine, plus vous accumulez des connaissances et du savoir-faire dans cette discipline et plus vous limitez les recherches terminologiques à effectuer et l’« effort » à fournir à chaque projet. Vous gagnez donc en qualité et en productivité et, en définitive, augmentez vos rentrées financières (ce qui reste malgré tout nerf de la guerre).

Comment se spécialiser dans un domaine ?

Je vois 4 canaux.

Premièrement, vous choisissez un domaine « porteur », indépendamment de vos préférences personnelles. L’idée ici est d’offrir vos services aux clients qui en ont besoin, quitte à traduire dans une discipline qui vous est complètement étrangère au début.

Deuxièmement, à l’inverse, choisir un domaine qui vous intéresse, qui vous passionne, et donc dans lequel vous avez des connaissances exploitables. Le sport, l’aviation, les jeux vidéos. L’idéal est quand même de s’orienter vers un domaine où il existe une certaine demande !

Troisièmement, profiter des occasions qui nous entourent. Je prends toujours exemple, pour illustrer cette possibilité, de mon cas personnel : étant marié à une orthodontiste, j’ai un jour accepté un projet dans le domaine de la dentisterie, me disant que j’avais une bonne relectrice à la maison ! (rires) Elle a dû corriger beaucoup au début, mais après quelques projets, j’ai ajouté cette discipline à mes spécialisations et j’ai traduit plusieurs années dans ce domaine.

Le quatrième canal, et sans doute le plus fréquent, est peut-être celui auquel on pense le moins :  ce n’est pas vous qui choisissez votre domaine, c’est le domaine qui vous choisit ! Quand on se lance comme jeune traducteur ou traductrice, on ne sait souvent pas trop sur quel pied danser et – surtout – on prend ce qui vient ! La stratégie ici est de plutôt fonctionner dans le sens inverse : connaître les domaines dans lesquels vous ne voulez surtout PAS travailler et rester ouvert à tout le reste. À ce titre, je conseille aussi aux jeunes diplômés de préférer le terme « domaine de prédilection » à celui de spécialisation, lorsqu’on vous demande des précisions à ce sujet. Il est évidemment possible d’associer ces quatre « stratégies ».

Quels domaines sont-ils les plus demandés toutes langues confondues ?

Il n’existe pas de spécialisation « toutes langues confondues » : chaque langue est associée à un ou plusieurs marchés, qui ont chacun leurs particularités. Naturellement, l’anglais étant un incontournable absolu, on pourrait dire que cette langue a des besoins dans toutes les spécialisations, même si certains domaines sont plus en demande que d’autres en ce moment, comme la finance et l’informatique. Pour le néerlandais, langue véritablement en pénurie de traducteurs (si, si !), les demandes sont grandes dans le juridico-administratif, par exemple. Pour l’allemand, c’est plutôt le technique, l’industriel, l’automobile. Les demandes à partir des autres langues sont un peu plus faibles et il faudrait poser la question à mes collègues…

Dans combien de domaines se spécialise-t-on en général ?

Je connais des confrères spécialisés que dans un seul domaine, ce qui peut être tout à fait suffisant. J’aurais toutefois tendance à conseiller de se limiter à deux grandes familles ou à trois domaines de spécialisation plus spécifiques, et de rester ouvert à d’autres possibilités. Mais les combinaisons sont nombreuses…

Ne se lasse-t-on pas de toujours traduire le même type de textes ?

Oh vous savez, dans la vie, on peut se lasser de tout ! Il y a des domaines dans lesquels je traduis depuis toujours, comme l’institutionnel et le politique, et qui ne me lasseront – je l’espère – jamais.  Il y en a d’autres, en revanche, que j’ai décidé de laisser tomber au fil du temps, comme le pharmaceutique. C’est donc vraiment une question personnelle. Cela étant, au fil d’une carrière, les choses évoluent, les clients vont et viennent, et les choix s’imposent souvent à nous, au gré du hasard et des rencontres…

Pensez-vous à autre chose, qui vous semblerait important d’ajouter ?

Il me semble primordial, une fois qu’on a choisi un domaine (ou qu’un domaine nous a choisis) de continuer à se former afin de devenir vraiment un expert. Participez à un maximum de formations, compilez des glossaires, développez vos compétences. Quand on est traducteur ou traductrice, la formation n’est jamais finie et il faut constamment veiller à garder une longueur d’avance sur la concurrence, a fortiori depuis l’avènement de la technologie. Car quand un client fera confiance à l’expert que vous prétendez être, rappelez-vous que vous n’aurez pas une deuxième occasion de faire une bonne première impression !

Guillaume Deneufbourg

Entretien réalisé par Guillaume Chanson,
étudiant à la Faculté de Traduction (FTI-EII)
de l’Université de Mons

3 thoughts on “La traduction spécialisée en sept questions

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