Affolé par l’arrivée imminente de l’automne, j’ai passé une partie de ma semaine à repeindre mon chalet de jardin et la (trop) longue clôture métallique qui longe ma propriété. À la fin, je vous le donne en mille : j’étais au bout du… rouleau !

Connaissiez-vous l’origine de cette expression ? Figurez-vous qu’elle ne vient ni du monde de la peinture (en extérieur) ni du… petit coin. Notre « rouleau » ne se réfère donc pas à l’indispensable enroulement de papier installé à côté du trône, même si s’en trouver à court est sans nul doute aussi incommodant que d’être dans un état de fatigue extrême.

Notre « rouleau » fait référence aux feuilles de papyrus, mises bout à bout à bout en une longue bande et servant jadis de support d’écriture. Pour ranger ces fragiles parchemins, on les enroulait sur des « rôles ». C’est sur ces supports que les acteurs de théâtre, à l’époque médiévale, apprenaient leur texte : ils apprenaient leur « rôle ».

Même si les comédiens prennent désormais connaissance de leur texte sur des feuilles de papier (voire des écrans HD), le « rôle » a gardé la signification qu’on lui connait, désignant l’ensemble de paroles et des gestes d’un acteur dans un film ou dans une pièce de théâtre.

Si le rôle était bref, on se contentait d’un « rôlet ». Lorsque l’acteur était arrivé au bout de son « rôlet », il en avait terminé, il avait tout dit. L’expression était née ! Elle a par la suite évolué dans le sens de « être à bout de force ».

On trouve encore de nombreuses traces de ce « rôle » dans le sens originel de « document » : enrôler (engager, inscrire au registre), mettre au rôle (registre des causes à plaider au tribunal, d’où vient aussi la collocation « à tour de rôle ») et même le mot « contrôle » (si si !), qui vient de « contre-rôle », registre tenu en double à des fins de vérification.

Mais revenons, pour conclure, à notre coup de mou : de nos jours, les jeunes diraient plutôt « je suis au bout de ma vie », voire carrément « au bout de ma life ». Alfred Hitchcock avait semble-t-il raison : « Le théâtre, c’est la vie ! » Roulez jeunesse* !

*Une dernière pour la route ? Saviez-vous que l’expression « roulez jeunesse » venait du monde forain ? Elle serait une version abrégée de « Tournez manèges et roulez jeunesse », que les forains employaient pour annoncer le début d’un nouveau tour. Ainsi les opérateurs des autos-tamponneuses annonçaient-ils aux enfants qu’ils pouvaient rouler, après avoir bien sagement attendu le signal.

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