Ce 30 septembre, à l’occasion de la journée mondiale de la traduction, j’étais invité à l’université de Gand pour une table ronde sur le métier et ses enjeux. Les organisateurs avaient décidé de séparer les intervenants en deux groupes, avec d’un côté les « groentjes » (jeunes pousses) et de l’autre les « ouwe rotten » (vieux briscards). Je ne suis pas si âgé, mais avec – tout de même – vingt ans de métier au compteur, j’ai logiquement été versé dans la deuxième catégorie. Occasion d’un billet [étymo] sur les sobriquets dont on affuble les gens d’expérience.

Briscard : Dans l’argot des soldats de l’époque napoléonienne, la brisque correspondait au chevron, un galon en forme de V, cousu sur la manche de l’uniforme d’un soldat qui se réengage. Celui qui arborait plusieurs brisques sur sa manche était donc un soldat chevronné, un vieux briscard.

Vieux renard : Le renard est associé dans l’inconscient collectif à l’intelligence, à la ruse. « Un vieux renard » signifie donc une personne que l’âge a rendue rusée. Jusqu’à la fin XVIIe siècle, un renard s’appelait plus fréquemment un goupil. Le mot renard s’est imposé sur le tard, à la suite du succès du « roman de Renart », un ensemble médiéval de récits animaliers écrits en ancien français, dont le goupil héros se prénommait Renart ! Bel exemple d’antonomase.

Barbon : de l’italien barbone, « qui a la barbe longue ».

Loup de mer : L’expression a d’abord désigné un marin aguerri, adepte des voyages au long cours sur mer, avant de s’étendre à toute personne expérimentée.

Vieux schnock : Moins sympa, pour le coup, puisque cette injure désigne un vieux sénile et gâteux. Le mot viendrait de la chanson alsacienne « Hans im Schnokeloch », littéralement « Hans dans le coin à moustiques », un personnage folklorique du XIXe siècle incarnant l’Alsacien comblé mais jamais satisfait. Le schnock a ensuite désigné un éternel râleur.

Un vieux de la vieille : rien à voir ici avec un couple de vieilles personnes. Ce « vieille » fait référence à la « Vieille Garde », l’unité d’élite de la Garde impériale napoléonienne. Les expressions « jeune garde » et « vieille garde » font référence à la même réalité.

Aîné : du moyen français « aisné », composé de « ains » (avant) et « né ».

Vioc : De vieux et du suffixe de l’argot -oc, -oque, que l’on retrouve dans loufoque

Vieux comme Mathusalem : Mathusalem était un personnage de la Genèse. Grand-père de Noé, il fut l’un des derniers patriarches, mort à l’âge de 969 ans. Sacrée longévité !

En vrac, d’autres métaphores, pas forcément tendres, qui se passent de commentaire : vieux sac, vieille branche, vieux crouton, vieux clou, vieux croulant, vieux débris, vieux fossile, vieux dinosaure, vieille tarte, vielle chouette, vieille baderne (tresse épaisse fabriquée à l’aide de vieux cordages et utilisée dans la marine). Sympa, non ? Vivement la retraite !

Photo by Stephen Pedersen on Unsplashv

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