Dans ce billet {Etymo}, j’évoque l’origine de quelques expressions de la haute société et de l’élite mondaine. Je déborde un peu en évoquant au passage quelques locutions en lien avec la notion de faste et de perfection. Noblesse oblige !

Le gotha : Ensemble des notables, des membres des familles souveraines, de personnalités politiques en vue. Vient de l’Almanach de Gotha, du nom de la ville éponyme en Allemagne, qui reprenait le relevé des noms des membres des familles souveraines, princières et ducales d’Europe. Faire partie du gotha signifiait être repris dans cette liste.

Le sérail : Jadis en référence à l’entourage immédiat d’une personne célèbre, qu’on retrouve dans les expressions « être élevé dans le sérail », « faire partie du sérail » : appartenir à une élite, à un milieu influent. Le mot est souvent utilisé pour désigner tout groupe fermé (le sérail politique, scientifique). Vient du turc « saray », qui désignait le palais du sultan dans l’ancien Empire ottoman (puis le harem de ce même palais).

À noter que « serre » (abri en verre servant à faire pousser des plantes au chaud) n’a pas la même étymologie et vient du latin serare, « fermer avec une barre », qui donnera notamment serrure. L’idée reste de verrouiller, de mettre à l’abri.

Le gratin : terme familier désignant les personnes les plus distinguées, les plus choisies, les plus élégantes d’une société, d’un milieu, par analogie à la couche supérieure d’une préparation culinaire gratinée.

Le haut du panier : même image, en référence aux plus beaux fruits que les commerçants plaçaient bien en vue, en haut de la pile, pour attirer le client. Cette expression a aussi son contraire, le fond du panier, évoquant cette fois ce qu’il y a de plus mauvais.

La (fine) fleur : en référence à la partie supérieure, située à la sommité de la tige.

Le fin du fin : fin, dans le sens de pointe, partie ultime d’un objet tranchant ou contondant. A ensuite évolué vers ce qu’il y a de mieux dans le genre, ce qui se fait de mieux.

Le nec plus ultra : expression latine signifiant « il n’y a rien au-delà ». Elle trouve son origine dans les douze travaux d’Hercule, plus exactement lors de son dixième exploit, lorsqu’il sépare l’Europe de l’Afrique. Frappant le sol, Hercule fait naître un séisme qui provoque la formation de deux colonnes rocheuses à Gibraltar, appelées depuis les colonnes d’Hercule. Ce lieu lui semblant être les limites du monde, il y grave « nec plus ultra ». Le sens de l’expression évolue ensuite vers la notion de perfection.

En passant : Le nom de « Gibraltar » vient de l’arabe Jebel Tariq, la montagne de Tariq, nom du premier conquérant musulman ayant mis pied sur le rocher au début de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique.

En passant (bis) : les Colonnes d’Hercule sont les supports des armoiries de l’Espagne (voir photo). Elles portent la devise nationale du pays, Plus ultra (plus loin), version latine du Plus oultre adopté par l’empereur Charles Quint au début du XVIe (que les citoyens de la cité du Gille, entre autres, connaissent bien).

Armoiries du royaume d’Espagne, avec notamment les deux colonnes et la devise Plus ultra

Snob : Lorsqu’une personne cherche à se distinguer, en adoptant les codes d’une classe qu’elle estime supérieure, on la qualifie de « snob ». Ce mot trouve son origine à l’université de Cambridge, dont les registres d’inscription distinguaient les étudiants issus de la noblesse des autres, appartenant généralement à la petite bourgeoisie.

En vis-à-vis du nom de ces « non-nobles » figurait la locution latine « sine nobilitate » (sans noblesse), abrévié « s.nob. » À l’époque, ces élèves de la classe moyenne, jaloux de leurs camarades aristocrates, avaient tendance à imiter les signes distinctifs de la classe supérieure (comportements, styles vestimentaires, langage…) ; un mimétisme qui était mal perçu par des jeunes nobles ainsi « copiés », qui se moquaient alors de ces « snobs ». L’expression s’est progressivement répandue dans le langage populaire.

Mettre les petits plats dans les grands : Préparer à grands frais un repas pour recevoir un hôte, déployer de nombreux efforts pour organiser un événement à la hauteur des attentes. En allusion à l’art du dressage de la table, mais contrairement à la logique, il ne s’agit pas d’une référence directe aux assiettes qu’on empile en dressant la table, de la plus grande à la plus petite. Ces « petits plats » signifient ici la nourriture, et plus particulièrement les mets raffinés que l’on sert généralement en petite quantité dans des assiettes plus grandes que d’ordinaire, la vaisselle des grandes occasions (les « grands plats »).  

En grande pompe : Avec grand apparat, avec une débauche de luxe. Dès le moyen-âge, la pompe, du latin pompa (« procession, cortège ») désigne un déploiement de faste dans un cérémonial religieux, où l’on faisait étalage de sa piété. C’est ainsi que le mot pompe prend son sens d’éclat, d’emphase, de magnificence. On le retrouve dans l’adjectif pompeux, qui a d’abord signifié « magnifique » avant de prendre la valeur péjorative qu’on lui connaît aujourd’hui.

À noter enfin que cette même pompe a donné l’expression « pompe funèbre », qui désignait à l’origine le cortège digne et solennel accompagnant un défunt jusqu’à son ultime demeure, avant de s’étendre à l’entreprise spécialisée dans la prise en charge des obsèques au sens large (et donc plus uniquement du cortège). Comme quoi, de la gloire au trépas, il n’y a qu’un pas !

Photo by Jeremy Bezanger on Unsplash

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